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Sous ce nom mystérieux aux sonorités guillerettes, se cache pourtant un symbole familier de tous : &. Symbole d’union par excellence et synonyme de notre conjonction de coordination « et », l’esperluette est d’ailleurs plus connue sous la désignation moderne de « et commercial ». Elle est en effet très présente, de nos jours, dans le domaine de la publicité et celui des affaires, notamment pour lier deux noms propres dans les sociétés issues d’un partenariat entre deux ou plusieurs associés (Smith & Wesson, Rivoire & Carret…). En informatique, ce signe a également sa place dans certains langages et figure sur le clavier de nos ordinateurs aux côtés de caractères courants.

Esperluette : une origine mystérieuse

Mais d’où peut bien venir ce symbole étrange ? Son origine reste assez mystérieuse et est sujette à de nombreux débats. On attribue parfois sa création au Ier siècle avant notre ère à Tiron, secrétaire du consul romain Cicéron, mais aucune trace ne vient corroborer cette affirmation. Issue plus probablement de l’héritage mérovingien, il s’agit d’une ligature entre le « e » et le « t », c’est-à-dire une union de ces 2 lettres en un même signe. L’esperluette a connu un engouement en France jusqu’au XIXe siècle ; utilisée presque systématiquement en abréviation du « et », notamment chez les copistes médiévaux, elle a ensuite perdu progressivement du terrain jusqu’à être délaissée dans l’usage courant. Elle est cependant restée plus présente dans les pays anglo-saxons.

Esperluette : une étymologie incertaine

Son étymologie est tout aussi floue que son origine. Là encore, les avis divergent. Tous s’accordent sur le fait que l’esperluette était une lettre de l’alphabet, placée après le z, qui se lisait « ète ». Son nom serait donc un moyen mnémotechnique amusant pour que les enfants qui récitaient l’alphabet en classe puissent s’en souvenir. Après, les explications diffèrent : le mot « esperluette » vient-il de « épeler » et « pirouette » comme certains l’affirment ? Ou bien plutôt du latin sphaerula, signifiant « petite sphère » ? La proposition qui semble la plus probable est celle de la phrase latine que les enfants auraient chanté pour terminer leur récitation : « et, per se, et » (prononcer « èt-pèr-sé-èt », signifiant « et, en soi, et »), transformée par la suite en « et, per lui, et ». Cette explication rejoindrait d’ailleurs l’étymologie du nom anglais de l’esperluette, ampersand, qui vient de « and, per se, and ». N’oublions pas non plus l’origine occitane, assez convaincante, qui reprend l’idée de cette phrase mnémotechnique, avec « es per lo et » (prononcer « ès pèr lou èt) qui veut littéralement dire « c’est pour le et », rappelant aux enfants de l’époque que l’esperluette remplaçait le « et ».

Si ce signe a su traverser les âges et parvenir jusqu’à nous en gardant sa part de mystère, ce n’est pas tant pour son aspect pratique, ne faisant gagner que très peu de place par rapport au « et » déjà très court ; c’est plutôt son esthétique et son aspect ludique qui lui ont valu de conserver une place dans notre monde moderne.

Au final, qu’on l’appelle perluette, esperluette ou « et commercial », ce symbole n’a pas fini de faire parler de lui.

Elsa Hoffmann


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