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La France et l’Angleterre ont une histoire commune très riche mais aussi très tumultueuse. Guerres et alliances jalonnent tour à tour la frise chronologique. Sur le plan linguistique, ces nombreux échanges ont bien entendu eu des répercussions et pas forcément celles que l’on croit. Si l’anglais semble si présent dans notre langue aujourd’hui, l’Académie française estime à seulement 5 % les emprunts à la langue de Shakespeare, alors que côté britannique, plus de 30 % du vocabulaire anglais serait d’origine française (certains linguistes affirment même les deux tiers).

L’Académie française estime à seulement 5 % les emprunts à la langue de Shakespeare, alors que côté britannique, plus de 30 % du vocabulaire anglais serait d’origine française.

Pourquoi le français a-t-il tant imprégné l’anglais ?

C’est au XIsiècle, avec la conquête de l’Angleterre par Guillaume de Normandie, que cette influence linguistique démarre réellement. Des échanges existaient auparavant, mais suite à la bataille d’Hastings remportée en 1066 par les Normands, la langue française devient langue officielle de la cour, de l’Église et de la justice, supplantant les dialectes anglo-saxons de l’époque dans les hautes sphères. La devise de la monarchie britannique est d’ailleurs en français « Dieu et mon droit », tout comme celles de certains ordres de chevalerie dont le célèbre « Honi soit qui mal y pense ». Suite à cette invasion, des milliers de mots français passent en anglais. Certains sont évidents, comme le vocabulaire de la cuisine (« mustard » pour « moutarde » / « mutton » pour la « viande mouton » / « beef » pour le « bœuf », etc.) mais d’autres sont moins connus et viennent de mots qui ne sont plus utilisés en français actuel (« purchase » pour « acheter » qui vient de « prochacier » qui veut dire « chercher à obtenir » / « gown » pour « robe », qui vient de « gone » qui signifie « longue culotte »). En plus de la cuisine, les domaines les plus marqués sont le commerce, la mode et les arts, ainsi que la loi, l’Église et la société, avec des mots comme « marriage », « abbey », « curtain » (désignant le rideau, de l’ancien français « cortine ») ou encore « lingerie ». Durant plusieurs siècles, le français influence ainsi la langue anglaise de manière quasiment unilatérale, jusqu’à la fin du XVIIe siècle environ lorsque l’Angleterre devient une puissance économique indéniable. Le français perd progressivement sa place privilégiée de langue diplomatique mondiale, mais reste considéré comme une langue raffinée. De nombreux mots anglais passent alors en français, comme « wagon », « parlement », « jury » ou encore « boxe ». Il est d’ailleurs intéressant de remarquer qu’il s’est opéré une sorte d’aller-retour avec certains mots anglais issus de l’ancien français, comme « bacon » (oui oui, c’est un mot français !), « challenge » (de l’ancien français « chalenge » ou « chalonge ») ou « flirt » dont l’origine n’est autre que l’expression « conter fleurette » !

Durant plusieurs siècles, le français influence ainsi la langue anglaise de manière quasiment unilatérale, jusqu’à la fin du XVIIe siècle environ lorsque l’Angleterre devient une puissance économique indéniable.

L’influence de l’anglais sur le français

Tout s’accélère au XXe siècle, après la Première et la Seconde guerre mondiale notamment, qui voient s’instaurer la domination des États-Unis sur les plans politique et économique. Dès lors, l’influence de l’anglais sur le français n’aura de cesse de s’affirmer. Aujourd’hui, force est de constater que l’anglais s’impose dans de nombreux domaines, notamment commercial (business, marketing, leadership…), publicitaire, bancaire, informatique, médiatique ou sportif (football, basketball…). Dans l’usage courant également, certains termes anglais (ou inspirés de l’anglais) restent incontournables et les équivalents français n’ont pas réussi à percer : week-end, parking, t-shirt, footing… Si les puristes de la langue française voient d’un mauvais œil cette « invasion » anglophone, peut-être faut-il mettre un peu d’eau dans son vin et voir plutôt dans ces échanges une évolution linguistique normale qui suit la tendance actuelle. À une époque où tout s’accélère, les emprunts de vocabulaire en font de même. Après tout, les langues sont faites pour être vivantes et favoriser les échanges et la communication ! Pour en savoir plus sur l’histoire de ces échanges, nous vous recommandons vivement le livre Honni soit qui mal y pense, de la linguiste Henriette Walter.


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